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Le blog de Stephen Monod

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3 juillet 2024

Non possumus

« Que faire ? » s’interrogeait Lénine en 1902; cent ans après sa mort, nombre d’électeurs en France se posent la même question, en d’autres termes évidemment. Que faire entre le RN et la LFI ? Comprendre ce qu’ils sont et en tirer les conséquences.

De même que toute organisation terroriste a une branche politique pour se déguiser, RN et LFI ont à l’entrée du magasin, pour l’un le visage sérieux et le costume bleu sombre de Jordan Bardella et pour l’autre Olivier Faure habillé en notable de comices agricoles et Raphaël Glucksmann au regard encore habité des principes qu’il a reniés. Il faut pousser plus loin, aller dans l’arrière-boutique pour trouver ceux qui la font tourner: au RN, un Thierry Mariani missus dominici de Poutine et des brochettes de candidats tout droit sortis des strates historiques du mouvement; à la LFI entre autres, un fiché S, injure à toute victime directe, indirecte ou même vicariante d’attentat et un sombre individu qui a accusé les Israéliens de faire rôtir des bébés dans des fours, référence explicite au nazisme et aux accusations médiévales de meurtres rituels.

Un mouvement politique ne se juge pas à l’aune de ses promesses électorales même si celles de la LFI et du RN signent la vacuité de leur pensée; il s’apprécie au regard des convictions de ceux qui le composent et à ce trébuchet, LFI et RN apparaissent dans la similitude de leur matrice: celle des dictatures et de la violence érigée en instrument de domination au prétexte d’égalité pour les uns, de sécurité pour les autres; celle des allégeances extérieures à front renversé des alliances des démocraties libérales; celle de la réduction programmée des libertés publiques; celle pour qui la démocratie est une variable d’ajustement pour prendre le pouvoir et non une valeur irréductible.

Entre les deux extrêmes, nous ne pouvons pas choisir et nous devons les rejeter ensemble car choisir entre deux maux, c’est encore choisir le mal.

 

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6 juin 2019

De la Place et des Plages

Il y a soixante-quinze ans tombaient sur les plages de Normandie, des soldats de douze pays, essentiellement Américains, Britanniques et Canadiens. Il y a trente ans tombaient sur la place Tian’anmen et autour, nombre de Chinois du même âge que ceux qui avaient laissé la vie pour libérer l’Europe. A quarante-cinq ans d’écart, l’enjeu était de même nature, celui des valeurs que portent les démocraties.

Il est impératif de se souvenir du Débarquement et de ce que tous doivent à chacun qui y a péri. Il est tout aussi impératif de savoir que les dictatures sont protéiformes, qu’elles ne se sont pas éteintes avec la dernière guerre mondiale et qu’elles perçaient à nouveau dans la répression de Tian’anmen.

Certes la Chine contemporaine n’est pas l’Allemagne nazie et Monsieur Xi JinPing n’est pas Hitler. Néanmoins un régime qui enferme ou fait disparaître opposants, minorités religieuses et autres, qui use des sciences pour tenir en fiche et en laisse sa population, qui étend son emprise sur le globe et qui annexe des eaux internationales, est bien constitutif d’une menace pour tout pays soucieux de son indépendance et de ses libertés.

Cependant pour qu’une nation puisse porter haut les couleurs de la liberté et de la démocratie, encore faut-il que sa population soit convaincue de l’importance de ces principes. Or, en Europe pour parler d’elle, nombreux sont ceux qui semblent saisis d’une fascination complaisante envers les dictatures pourvu qu’elles apportent l’illusion de la sécurité et l’apparence de la prospérité.

Le résultats des urnes en Hongrie, en Pologne, en Italie, en Russie, au Brésil et aussi en France, ne laissent pas de surprendre, soixante-quinze ans après le Débarquement et trente ans après le massacre de Tian’anmen.

Le ventre chaud d’où est sortie la bête immonde est dans la tête de chacun et c’est à chacun de la réduire avant qu’elle ne l’étouffe.

31 janvier 2019

Du Parlement

Si Madame May a échoué à faire approuver le texte du Brexit, c’est peut-être en raison de certaines clauses du traité mais c’est aussi sans doute parce que les Communes se sont exaspérées d’avoir été tenues à l’écart des négociations et qu’à cet égard l’opinion publique partageait cet agacement. Considérant que le référendum lui donnait un lien direct avec le peuple, Madame May a oublié que dans une démocratie mature, le Parlement reste dépositaire de la souveraineté.

Ces circonstances illustrent l’inconséquence des pulsions césaristes qui agitent à intervalles réguliers la société française. Si l’on fait le difficile effort de chercher dans la logorrhée des gilets jaunes quelque chose qui se rapprocherait d’une pensée, on y trouverait le mythe du chef et l’illusion du peuple. Le chef est évoqué négativement, jusqu’à simuler son exécution mais il est omniprésent dans l’esprit des trublions. De même le peuple est l’objet d’incantations permettant à ceux qui les pratiquent de se confondre avec lui. Le schéma trinitaire du chef, du peuple et d’un lien noué entre eux par référendum au mieux, par plébiscite au pire, puise à la tradition bonapartiste que le premier des Napoléonides a eu l’habileté de rattacher à celle de la Révolution française. De Gaulle a ressuscité le schéma en concentrant les pouvoirs entre les mains du Président de la République, en limitant ceux du Parlement et en introduisant dans la vie politique française la pratique récurrente du référendum. La réduction à cinq ans du mandat du Président n’a pas modifié la concentration des pouvoirs entre ses mains mais a rendu celui-ci vulnérable en le privant de l’autorité du temps.

Face aux dérives du moment, la première urgence est de réconcilier les Français avec le régime parlementaire en leur rappelant que le mythe du chef conduit au pouvoir absolu et que si “Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument“ (Lord Acton), en leur rappelant aussi que l’exercice de la contrainte par quelques individus en mal d’émotions collectives n’est rien d’autre que la dictature des forts en gueule.

La deuxième urgence est de trouver l’équilibre entre le besoin de stabilité et la nécessité pour chaque sensibilité de se sentir représentée, en ne touchant pas au mode de désignation de l’Assemblée Nationale et en lui conservant sa prééminence sur le Sénat mais en transformant celui-ci en une assemblée élue au scrutin proportionnel direct.

La troisième urgence est d’enseigner l’Histoire: la Troisième République a résisté à la Grande Guerre alors que le Second Empire a été balayé par celle de 1870; la défaite de 1940 ne se résume pas à une question de régime; si une majorité parlementaire rendue possible par un scrutin majoritaire avait permis à Mendès France de se maintenir, il est probable que la guerre d’Algérie se serait terminée plus vite et moins douloureusement qu’elle ne l’a fait.

 

 

17 janvier 2019

De la Marche et du Rond-Point

Il ne restera sans doute des gilets jaunes que l’empreinte narcissique de leurs représentants parlant sur les écrans, la vacuité de leur pensée et le déchaînement de leur violence. Née d’un vrai malaise et usant d’un habit inventé pour réfléchir la lumière, cette masse difforme est devenue le reflet obscur de ceux pour qui la démocratie n’est qu’une variable d’ajustement au service de leurs ambitions. Les dérives antisémites, racistes et homophobes, la prise à partie de journalistes et l’idée déroutante que la brutalité de cent mille personnes serait légitime à bousculer le résultat d’une élection, en disent long sur la filiation idéologique de cette addition désordonnée d’individus à la dérive.

 Face à cela l’exécutif a réagi conformément à sa nature mais en mettant la charrue devant les bœufs.

La lecture des institutions par le Président est résolument présidentielle, fondée sur l’exercice solitaire de l’autorité et sur l’idée qu’une relation directe le lierait à la Nation, passant par dessus les corps intermédiaires.

Or à l’aune de ces deux critères, Monsieur Macron a manqué. Lorsque pendant des semaines voire des mois, l’espace public est occupé, qu’une violence extrême s’invite dans les villes à intervalles réguliers et que le bilan est déjà d’une dizaine de morts, il est difficile de ne pas considérer que l’autorité a failli. De même, il est difficile de ne pas convenir que de maladresses verbales en décisions inutiles puisqu’ultérieurement annulées, le Président a entamé le lien qui l’unissait au pays. C’est pour essayer de rétablir ce lien que Monsieur Macron propose une sorte de referendum inversé par lequel les citoyens lui feraient part de leurs souhaits. Cependant, à défaut d’avoir d’abord sifflé la fin de la récréation en rétablissant l’ordre et les libertés qui en découlent, l’initiative de l’Elysée laisse le sentiment délétère d’une tentative d’acheter la paix au prix de renoncements. Cela faisant le Président laisse le Rassemblement National engranger le double bénéfice de la sympathie des gilets jaunes qu’il a implicitement soutenus et de celle d’électeurs qui croiront ce parti seul capable d’assurer la paix dans la rue.

Pour autant, il ne faut pas négliger de répondre au Président. Tout d’abord, chacun peut avoir une idée intelligente. Ensuite et même s’il eut mieux valu que le Président fît preuve d’autorité d’abord et de compréhension ensuite, dialoguer avec lui est toujours une bonne chose, sous réserve qu’en dernier ressort, ce soit les élus qui décident.

 La République a arrêté sa marche sur des ronds-points : il est grand temps qu’elle la reprenne sans limitation de vitesse !

 

 

 

3 mai 2018

De Céline et du Coran

Faut-il rééditer les écrits antisémites de Céline ? Faut-il purger le Coran de ses appels au meurtre ?

Si la question est posée, c’est que “le ventre fécond“ accouche encore de “la bête immonde“. Si la question est posée de façon différente pour chacun des deux écrits, c’est que l’un se reconnaît profane et l’autre se veut sacré. Or malgré leur sécularisation à peu près achevée, les sociétés européennes ne peuvent encore porter sur un texte dit révélé, la lumière crue de l’éthique humaniste paradoxalement puisée, pour partie du moins, à la source d’écrits religieux.

Donc, s’agissant de Céline, la question est de publier ou pas, de connaître ou d’ignorer. D’un point de vue moral, l’idée d’autoriser à Céline mort ce que fort justement on interdit à Monsieur Dieudonné vivant est à tout le moins paradoxal. Au demeurant, l’application stricte de la loi interdit l’édition d’écrits de la nature de ceux que Céline a commis. La question serait donc résolue sans discussion s’il ne s’agissait que d’écrits. Cependant et dans la mesure où Céline est partie prenante de la littérature, le sujet n’est plus seulement d’effacer ou pas des textes mais aussi de connaître ou pas la nature de celui qui les a rédigés. Le risque à ne pas éditer les textes les plus détestables de Céline est de les plonger dans l’oubli et avec le temps de transformer Céline en une espèce de Paul Morand égaré du mauvais côté de la ligne de front mais sans lourde responsabilité envers les victimes. Cet oubli volontaire a profité et profite encore à Luther et Voltaire dont l’image est désormais déformée, gommée de leur anti-judaïsme virulent. Réitérer la pratique de l’oubli au profit de Céline serait d’autant plus grave que la responsabilité de l’intellectuel qui encourage le crime collectif est au moins aussi importante que celle du milicien décérébré passé à l’acte.

Pour le Coran dont l’auteur ne relève pas d’une histoire littéraire bien établie, la démarche proposée est plus subtile, se limitant à vouloir en gommer certains versets. Ceux-ci sont manifestement contraires à l’éthique la plus élémentaire qui commande de ne pas faire souffrir son prochain et donc de ne pas le tuer, a fortiori au prétexte de religion. Ces versets sont aussi en France, contraires à la Loi et seraient sanctionnés s’ils ne participaient pas d’un livre se réclamant d’un message divin. Mais se réclamer de Dieu autorise-t-il à transgresser la morale des Hommes ?

C’est poser à l’envers l’interrogation d’Antigone mais la réponse est la même : non.

 

 

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19 avril 2018

Du Chemin de Damas

Monsieur Trump entra à la Maison Blanche, bardé de quelques idées simples : les Etats-Unis étaient la priorité, la Chine était l’ennemi, la Russie pouvait être une alliée, l’Europe était un fardeau éteint et le Moyen-Orient se résumait à Israël et l’Arabie Saoudite. Cette vision avait sa part de vérité et sa part d’erreur.

L’erreur essentielle était de croire que les Etats-Unis pouvaient dans leur propre intérêt se détacher de l’alliance européenne forgée avec la France depuis Lafayette, avec le Royaume-Uni depuis après la guerre de Sécession et avec le reste du vieux continent depuis 1945 pour les plus chanceux et depuis la chute du mur de Berlin pour les autres. La mondialisation de valeurs et d’intérêts contraires, renforce plutôt qu’elle n’affaiblit l’impérieuse obligation des démocraties de se rapprocher. Pour rappel, une démocratie est un régime où le pouvoir découle d’élections libres, où la presse n’est pas contrainte et où l’opposant ne craint pas d’être enfermé ou de disparaître. Certes, les démocraties européennes et américaine ont plus d’une fois failli à leur principe notamment par des alliances contre nature mais elles n’en restent pas moins des espaces de liberté fondés sur le principe des droits de l’Homme.

Sur la Chine, Monsieur Trump ne s’est pas trompé: à l‘intérieur, un seul Parti, un Président absolu, des opposants pourchassés, des religions tenues en bride, une presse participant de la politique de l’Etat ; à l’extérieur, un impérialisme revendiqué, en mer de Chine et plus loin encore.

Sur la Russie en revanche, Monsieur Trump s’est trompé par un effet miroir de son erreur sur l’Europe. Il avait compris que la Russie ne serait jamais plus qu’un brillant second engoncé dans une économie du tiers monde appuyée sur ses matières premières et faisant de la chose militaire une fin en soi plutôt que le prolongement naturel de la création de richesses: Monsieur Trump pensait cependant que le brillant second le serait au profit des Etats-Unis contre la Chine. C’était ignorer que Monsieur Poutine n’est pas convenu que la Russie est une puissance seconde. C’était oublier que Chine et Russie promeuvent le même modèle autoritaire, privilégiant des ententes identiques avec la Turquie de Monsieur Erdogan, l’Iran des Mollahs et la Syrie Baas des El Assad.

L’attaque combinée des trois puissances occidentales contre la Syrie fut aussi pour Monsieur Trump, un Chemin de Damas: ce ne sont pas la France et le Royaume-Uni qui se sont alignées sur les Etats-Unis, ce sont elles qui ont su ramener les Etats-Unis à l’alliance européenne et ce sont ensemble les trois démocraties les plus anciennes qui ont su marquer les limites qu’une guerre ne peut transgresser, même dans l’Orient compliqué qui ne se limite pas à deux pays.

Seule ombre au tableau, le pitoyable spectacle donné par la classe politique française d’opposition : ceux qui se réclament du gaullisme prétendent que l’on ne saurait agir sans le consentement du Conseil de sécurité alors que le Général appelait l’ONU “le machin“; Madame Le Pen qui envie sans doute Monsieur Poutine de s’être fait élire sans débat télévisé, pousse l’allégeance jusqu’à répéter au mot près les explications de la diplomatie russe ; Monsieur Mélenchon fait de même, mal dégrossi sans doute du léninisme. L’indigence de la pensée serait supportable si elle ne portait pas les germes de la soumission à la force, cette faiblesse qui en d’autres temps conduisit beaucoup de fausses élites jusqu’à Vichy.

15 février 2018

Des Chemins de la Confusion

Dans les années 1970, la Ligue Communiste Révolutionnaire qui, bien qu’elle ne représentât pas grand monde, avait dans les limites étroites de sa grille de pensée, une certaine forme d’intelligence, préconisait par voie d’affiches, de limiter le service militaire à trois mois de classes, pour permettre l’apprentissage des armes à ceux qui au Grand Soir s’en serviraient contre ceux-là mêmes qui leur en auraient appris l’usage.

Jeune encore, Monsieur Macron a dû voir ces affiches et par un enchaînement de circonstances inconnu, elles ont dû lui revenir à l’esprit, telle l’image de la madeleine de Tante Léonie remonta à la mémoire de Proust goûtant celles que lui servit sa mère un jour d’hiver.

Le service militaire fut initié par le Directoire à une époque où la France n’en finissait pas de vouloir conquérir l’Europe. Chacun l’ayant finalement adopté, il permit à la Grande Guerre d’être une boucherie à la hauteur du nombre de ses combattants. Il disparut en France par la volonté de Monsieur Chirac lequel était le seul Président de la Vème République depuis le Général de Gaulle à avoir une authentique connaissance des armées et qui voulait faire de la chose militaire un outil professionnel.

Aujourd’hui Monsieur Macron est déterminé à ressusciter le service national réduit à la portion congrue d’une durée de trois à six mois, au prix de quelques trois milliards d’euros qui seraient sans doute mieux employés à améliorer l’ordinaire des soldats, les vrais s’entend, ceux qui signent pour un temps certain.

La question qui doit présider à la réflexion d’un retour du service national est celui de sa finalité. S’il s’agit effectivement de généraliser des classes pour permettre à la France d’avoir un volant de personnels mobilisables à une époque de remontée des périls, l’exercice a peut être un intérêt. S’il s’agit de fabriquer un citoyen idéal passé au tamis d’une égalité parfaite entre les hommes et les femmes, la tâche n’en incombe pas à l’armée mais à l’école sauf à entraîner l’une et l’autre dans les chemins de la confusion.

18 janvier 2018

Du Radeau de la Méduse

Les Bourbons disparurent une première fois par la faiblesse de Louis XVI, une seconde par l’autoritarisme puéril de Charles X. Monsieur Macron vient de réussir le tour de force de cumuler les deux tares en un élan unique.

En décidant tout seul dans le secret de ses alcôves élyséennes, de supprimer le projet de Notre Dame des Landes, soutenu par les élus, ratifié par le suffrage populaire et validé par les tribunaux, Monsieur Macron a ressuscité le Bon Plaisir, diminué de l’élégance que les Rois mettaient parfois à leurs décisions les plus contestables.

Autoritaire dans la forme, la décision de Monsieur Macron n’en est pas moins faible dans le fond. Les écologistes en France ne représentent rien ni personne : leur seule façon de compter des élus est de passer des accords d’appareils avec un Parti Socialiste à la dérive. Poussé pourtant par la conviction que l’Histoire a un sens et que ce sont eux qui la perçoivent, ils opposent la violence aux lois. Cette stratégie dont la force ne tient qu’à la faiblesse de leurs adversaires, triomphe aujourd’hui parce que le sommet de l’Etat n’est pas davantage pourvu du principe d’autorité qu’il ne l’était auparavant.

Le masque est tombé, Monsieur Macron est un politicien comme un autre, privilégiant son image et sa tranquillité immédiate et ne s’opposant avec énergie qu’à ceux que l’usure du temps a rendu impotents, syndicats et autres partis politiques.

Le Grand Ouest restera doté d’un aéroport insuffisant à moins que les Nantais ne subissent les nuisances sonores attachées à une extension du leur.

Pour sa part, la France peut se préparer à demeurer longtemps conduite par son Prince-Président, tellement les possibilités d’alternance sont vides. Le Parti Socialiste est moribond d’avoir préféré l’illusion lyrique du grand soir à la gauche de gouvernement ; les Républicains s’enferment dans la nostalgie nauséabonde d’un passé imaginaire, fait de frontières hermétiques et de rejet de l’Autre.

Election après élection, l’univers politique continue de dériver tel un Radeau de la Méduse, que seule la vigueur de la société civile parvient plus ou moins, à compenser.

5 octobre 2017

Du Droit des Peuples

Monsieur Macron se défend de commenter l’action intérieure d’un autre gouvernement de l’Union européenne. Aux Catalans blessés d’avoir voulu exercer leur droit démocratique le plus élémentaire - celui d’aller voter - l’Elysée refuse jusqu’à la compassion. Ce qui est vrai des pays de l’Union européenne le sera a fortiori du Monde. Dirigeants chinois, russes, turcs et autres pourront se lâcher joyeusement sur leurs peuples: les cris des victimes ne troubleront pas le sommeil –bref à ce que l’on en dit - du Président.

Cette appréciation marque un retour à une tradition ancienne que la diplomatie gaullienne traduisait d’une formule simple: la France reconnaît les Etats, pas les régimes. Autrement dit, un pouvoir étranger peut traiter ses habitants comme il l’entend pour autant qu’il ne déborde pas les frontières qui le séparent de ses voisins. Cette doctrine connut des exceptions. Jacques Chirac, témoin de la gestion par la police italienne des manifestations hostiles au G8 de 2002, exprima publiquement sa réprobation quand bien même ces manifestants étaient autrement plus redoutables que les électeurs catalans soucieux de glisser un bulletin dans une urne. Certes, une diplomatie d’Etat ne peut se réduire à la défense de principes mais il est des limites qu’intuitivement l’Honnête Homme perçoit. Elles ont été très largement franchies en Catalogne sans que Monsieur Macron ne le ressente: dommage.

Au-delà du traitement policier d’une consultation démocratique, se pose la question des pulsions centrifuges qui secouent certaines régions de l’Union européenne. Celle-ci et les Etats qui la composent sont avant tout schizophrènes. Ils s’accordent à vider les Nations de beaucoup de leurs pouvoirs au profit d’institutions communautaires. Cependant, ils s’étonnent que contemplant l’impotence grandissante des Etats et rassurées par le socle protecteur de l’Europe, certaines régions portées par une Histoire vraie ou rêvée, soient prises du frisson de l’indépendance. Cela ne veut pas dire que l’Europe suffise à expliquer les tentations sécessionnistes catalanes ou écossaises. Les Nations sont le fruit d’une unification plus ou moins forcée au fil des siècles et la résurgence des sentiments d’appartenance à des entités géographiques plus restreintes n’est qu’un retour de l’Histoire. Cependant, en ce qu’elle rend les Etats moins utiles, la construction européenne aide nécessairement les régions à se penser comme des Nations.

En cette matière, la règle doit être celle de la liberté. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un principe inaliénable au rebours de l’indivisibilité théorique des Nations ou même de la composition de l’Union européenne. Catalans, Ecossais et Anglais ont le droit de choisir leur destin, qu’ils aient raison ou qu’ils se trompent.

 

 

17 août 2017

Des dépendances d'un Empire

Les Cités-Etats illuminèrent la Grèce antique avant de disparaître, emportés par l'Etat-Nation de Philippe de Macédoine. De même, les Cités-Etats de l'Italie médiévale et de la Renaissance furent les phares avancés de la civilisation occidentale avant de succomber aux armées des Rois de France et à celles des Rois d'Espagne et de l'Empire. Venise en fut le dernier éclat, s'éteignant de peur à la vue de Bonaparte.

Les Empires modernes pourraient être aux Etats-Nations de l'Europe ce que ceux-ci furent à leurs Cités-Etats. Il suffit de lever les yeux pour voir les masses humaines que représentent la Chine et l'Inde et dans une moindre mesure la Russie. Il suffit de regarder d'un peu près, à tout le moins la Chine, pour constater que pour la première fois depuis le début du XIXème siècle, ce ne sont pas des pays en marche vers la démocratie ou qui en ont atteint la forme la moins imparfaite possible, qui sont les puissances ascendantes de l'époque. Le modèle chinois est une synthèse de dictature du parti unique et de libéralisme économique, grosso modo le même que celui de Pinochet: curieusement, celui-ci soulevait à juste titre, l'indignation alors que l'Empire du Milieu ne suscite qu'une peureuse complaisance.

Devant cette montée des Empires, les nations européennes ne sont que proies faciles. Conçue pour se défendre contre elle-même, l'Europe se satisfait d'avoir créé entre ses membres des liens trop complexes pour, pense-t-elle, qu'ils ne se fassent la guerre. Se trompant d'ennemi, elle semble penser que l'essentiel serait de parler haut aux Etats-Unis. Totalement inconsciente, elle fut heureuse de tenir envers la Grèce des comptes d'apothicaire alors que le Pirée était devenu un port chinois.

L'Europe ne sera pas avant longtemps, une entité politique unie car ses peuples ne le veulent pas. Il est néanmoins urgent qu'elle devienne autre chose qu'une fabrique de règlements, à tout le moins un concert de nations intelligent, sauf pour ces nations à devenir les dépendances d'un Empire.

 

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