Faut-il rééditer les écrits antisémites de Céline ? Faut-il purger le Coran de ses appels au meurtre ?

Si la question est posée, c’est que “le ventre fécond“ accouche encore de “la bête immonde“. Si la question est posée de façon différente pour chacun des deux écrits, c’est que l’un se reconnaît profane et l’autre se veut sacré. Or malgré leur sécularisation à peu près achevée, les sociétés européennes ne peuvent encore porter sur un texte dit révélé, la lumière crue de l’éthique humaniste paradoxalement puisée, pour partie du moins, à la source d’écrits religieux.

Donc, s’agissant de Céline, la question est de publier ou pas, de connaître ou d’ignorer. D’un point de vue moral, l’idée d’autoriser à Céline mort ce que fort justement on interdit à Monsieur Dieudonné vivant est à tout le moins paradoxal. Au demeurant, l’application stricte de la loi interdit l’édition d’écrits de la nature de ceux que Céline a commis. La question serait donc résolue sans discussion s’il ne s’agissait que d’écrits. Cependant et dans la mesure où Céline est partie prenante de la littérature, le sujet n’est plus seulement d’effacer ou pas des textes mais aussi de connaître ou pas la nature de celui qui les a rédigés. Le risque à ne pas éditer les textes les plus détestables de Céline est de les plonger dans l’oubli et avec le temps de transformer Céline en une espèce de Paul Morand égaré du mauvais côté de la ligne de front mais sans lourde responsabilité envers les victimes. Cet oubli volontaire a profité et profite encore à Luther et Voltaire dont l’image est désormais déformée, gommée de leur anti-judaïsme virulent. Réitérer la pratique de l’oubli au profit de Céline serait d’autant plus grave que la responsabilité de l’intellectuel qui encourage le crime collectif est au moins aussi importante que celle du milicien décérébré passé à l’acte.

Pour le Coran dont l’auteur ne relève pas d’une histoire littéraire bien établie, la démarche proposée est plus subtile, se limitant à vouloir en gommer certains versets. Ceux-ci sont manifestement contraires à l’éthique la plus élémentaire qui commande de ne pas faire souffrir son prochain et donc de ne pas le tuer, a fortiori au prétexte de religion. Ces versets sont aussi en France, contraires à la Loi et seraient sanctionnés s’ils ne participaient pas d’un livre se réclamant d’un message divin. Mais se réclamer de Dieu autorise-t-il à transgresser la morale des Hommes ?

C’est poser à l’envers l’interrogation d’Antigone mais la réponse est la même : non.