Monsieur Trump entra à la Maison Blanche, bardé de quelques idées simples : les Etats-Unis étaient la priorité, la Chine était l’ennemi, la Russie pouvait être une alliée, l’Europe était un fardeau éteint et le Moyen-Orient se résumait à Israël et l’Arabie Saoudite. Cette vision avait sa part de vérité et sa part d’erreur.

L’erreur essentielle était de croire que les Etats-Unis pouvaient dans leur propre intérêt se détacher de l’alliance européenne forgée avec la France depuis Lafayette, avec le Royaume-Uni depuis après la guerre de Sécession et avec le reste du vieux continent depuis 1945 pour les plus chanceux et depuis la chute du mur de Berlin pour les autres. La mondialisation de valeurs et d’intérêts contraires, renforce plutôt qu’elle n’affaiblit l’impérieuse obligation des démocraties de se rapprocher. Pour rappel, une démocratie est un régime où le pouvoir découle d’élections libres, où la presse n’est pas contrainte et où l’opposant ne craint pas d’être enfermé ou de disparaître. Certes, les démocraties européennes et américaine ont plus d’une fois failli à leur principe notamment par des alliances contre nature mais elles n’en restent pas moins des espaces de liberté fondés sur le principe des droits de l’Homme.

Sur la Chine, Monsieur Trump ne s’est pas trompé: à l‘intérieur, un seul Parti, un Président absolu, des opposants pourchassés, des religions tenues en bride, une presse participant de la politique de l’Etat ; à l’extérieur, un impérialisme revendiqué, en mer de Chine et plus loin encore.

Sur la Russie en revanche, Monsieur Trump s’est trompé par un effet miroir de son erreur sur l’Europe. Il avait compris que la Russie ne serait jamais plus qu’un brillant second engoncé dans une économie du tiers monde appuyée sur ses matières premières et faisant de la chose militaire une fin en soi plutôt que le prolongement naturel de la création de richesses: Monsieur Trump pensait cependant que le brillant second le serait au profit des Etats-Unis contre la Chine. C’était ignorer que Monsieur Poutine n’est pas convenu que la Russie est une puissance seconde. C’était oublier que Chine et Russie promeuvent le même modèle autoritaire, privilégiant des ententes identiques avec la Turquie de Monsieur Erdogan, l’Iran des Mollahs et la Syrie Baas des El Assad.

L’attaque combinée des trois puissances occidentales contre la Syrie fut aussi pour Monsieur Trump, un Chemin de Damas: ce ne sont pas la France et le Royaume-Uni qui se sont alignées sur les Etats-Unis, ce sont elles qui ont su ramener les Etats-Unis à l’alliance européenne et ce sont ensemble les trois démocraties les plus anciennes qui ont su marquer les limites qu’une guerre ne peut transgresser, même dans l’Orient compliqué qui ne se limite pas à deux pays.

Seule ombre au tableau, le pitoyable spectacle donné par la classe politique française d’opposition : ceux qui se réclament du gaullisme prétendent que l’on ne saurait agir sans le consentement du Conseil de sécurité alors que le Général appelait l’ONU “le machin“; Madame Le Pen qui envie sans doute Monsieur Poutine de s’être fait élire sans débat télévisé, pousse l’allégeance jusqu’à répéter au mot près les explications de la diplomatie russe ; Monsieur Mélenchon fait de même, mal dégrossi sans doute du léninisme. L’indigence de la pensée serait supportable si elle ne portait pas les germes de la soumission à la force, cette faiblesse qui en d’autres temps conduisit beaucoup de fausses élites jusqu’à Vichy.