Les Cités-Etats illuminèrent la Grèce antique avant de disparaître, emportés par l'Etat-Nation de Philippe de Macédoine. De même, les Cités-Etats de l'Italie médiévale et de la Renaissance furent les phares avancés de la civilisation occidentale avant de succomber aux armées des Rois de France et à celles des Rois d'Espagne et de l'Empire. Venise en fut le dernier éclat, s'éteignant de peur à la vue de Bonaparte.

Les Empires modernes pourraient être aux Etats-Nations de l'Europe ce que ceux-ci furent à leurs Cités-Etats. Il suffit de lever les yeux pour voir les masses humaines que représentent la Chine et l'Inde et dans une moindre mesure la Russie. Il suffit de regarder d'un peu près, à tout le moins la Chine, pour constater que pour la première fois depuis le début du XIXème siècle, ce ne sont pas des pays en marche vers la démocratie ou qui en ont atteint la forme la moins imparfaite possible, qui sont les puissances ascendantes de l'époque. Le modèle chinois est une synthèse de dictature du parti unique et de libéralisme économique, grosso modo le même que celui de Pinochet: curieusement, celui-ci soulevait à juste titre, l'indignation alors que l'Empire du Milieu ne suscite qu'une peureuse complaisance.

Devant cette montée des Empires, les nations européennes ne sont que proies faciles. Conçue pour se défendre contre elle-même, l'Europe se satisfait d'avoir créé entre ses membres des liens trop complexes pour, pense-t-elle, qu'ils ne se fassent la guerre. Se trompant d'ennemi, elle semble penser que l'essentiel serait de parler haut aux Etats-Unis. Totalement inconsciente, elle fut heureuse de tenir envers la Grèce des comptes d'apothicaire alors que le Pirée était devenu un port chinois.

L'Europe ne sera pas avant longtemps, une entité politique unie car ses peuples ne le veulent pas. Il est néanmoins urgent qu'elle devienne autre chose qu'une fabrique de règlements, à tout le moins un concert de nations intelligent, sauf pour ces nations à devenir les dépendances d'un Empire.