Séduite par Zeus et délaissée, Europe se languit sur les rives de la Crète.

L’autre Europe, laissée en héritage par les survivants de l’apocalypse, s’est sans doute abandonnée elle-même sur les rives de la crise grecque. Jusque là flottait l’idée qu’elle était un bien commun transcendant les destins nationaux. A partir de là, l’illusion se dissipa dans l’infernale vision de grands comptables se relayant au chevet d’Athènes, non pour la guérir mais pour lui administrer calculs d’apothicaires et leçons de morale.

Le Brexit, dur ou mollasson, ne fut plus alors que le point de déplacement extrême d’un curseur qui ne bouge plus en fonction d’un destin en partage mais d’une arithmétique de boutiquiers inaptes à comprendre le défi des masses mouvantes de nations pachydermes et de populations à la dérive.

Monsieur Macron se vante d’être un européen convaincu et pour fortifier la démonstration, a couru au lendemain de son élection jusqu’à Berlin, comme un quelconque Président du Conseil oublié de la IVème République se précipitait au soir de sa désignation, à Washington.

La compréhension macronienne de l’Europe n’est que le rafraichissement de celle de Monsieur Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt ou de leurs jumeaux Mitterrand et Kohl, une espèce de réécriture de la relation manquée de Napoléon III et de Bismark qui, s’ils ne s’étaient pas sottement fait la guerre, auraient pu ensemble dominer autres nations et autre empire du continent.

Dans cette étrange exercice de domination en couple et tel Napoléon III s’offrant des victoires aux dépens de l’Autriche, le nouveau Prince-Président pense avoir trouvé avec l’Italie un faire-valoir de qualité : suffisamment grand pour que cela semble sportif, suffisamment petit pour que le succès paraisse acquis.

Laissée à l’écart des gesticulations libyennes de l’Elysée, l’Italie est priée de ne pas diriger vers la France, l’un quelconque des bateaux qui lui amènent chaque jour leurs cargaisons de douleur. Mieux encore, après que des Coréens eurent longtemps possédé les Chantiers de Saint-Nazaire, la perspective de leur contrôle depuis Milan obligerait à une nationalisation, éternel retour d’un jacobinisme désuet !