Au lendemain des attentats de Londres, certains ont entrepris de disserter sur l’échec du modèle multiculturel anglo-saxon et sur la supériorité de la laïcité. Le souvenir du Bataclan et de Charlie Hebdo devrait inciter à une certaine retenue.

La réalité est qu’aucune démocratie quel que soit son mode de fonctionnement n’est en mesure d’empêcher que certains de ses membres ne basculent dans un islamisme mortifère. La réalité est que la cible des assassins n’est pas ce qui peut différencier une société occidentale d’une autre mais ce qui les réunit : une certaine idée de la liberté et de la tolérance, notamment celle d’avoir la religion de son choix ou de ne pas en avoir du tout. A cet égard, la laïcité n’est pas une construction intellectuelle ex nihilo destinée à assurer le bonheur du plus grand nombre mais la banale conséquence du fait qu’en France, la démocratie s’est construite dans un contexte d’opposition à la religion catholique -les torts étant à cet égard partagés- alors que dans les sociétés anglo-saxonnes, la démocratie s’est construite en harmonie avec les religions, généralement protestantes.

Le débat entre laïcité et multi-confessionnalisme est certes intéressant mais en aucun cas il ne contribuera à faire reculer la menace terroriste. Le terrorisme islamiste et donc religieux succède dans le temps à ceux de la Fraction Armée Rouge en Allemagne, des Brigades Rouges en Italie, de l’ETA en Espagne et de l’IRA au Royaume-Uni, qui n’avaient pas grand-chose de religieux mais faisaient un nombre tout aussi impressionnant de victimes et s’en prenaient tout autant aux valeurs de l’Occident même si leurs motivations étaient différentes.

Autrefois les guerres opposaient des armées de quelques milliers d’hommes qui entre deux batailles ravageaient plat pays et villes. Puis, la Révolution Française inventa levée en masse et conscription, permettant de compter en millions combattants et victimes. Dans l’un et l’autre cas les conflits visaient au contrôle de quelques arpents de terre et étaient censés opposer des militaires entre eux.

Le terrorisme est différent en ce que les victimes sont davantage frappées pour ce qu’elles symbolisent dans l’esprit de leurs assassins que pour ce qu’elles sont réellement et la ligne de front devenue invisible passe devant tout un chacun.