Au lendemain des attentats qui endeuillèrent Paris, nombreux stades de football retentirent en Angleterre de Marseillaise dont les paroles avaient été publiées à dessein par les journaux, ceux-là même sans doute qui plus tard soutinrent le Brexit. La compassion fait fi des querelles de doctrine et les stades en France s’honoreraient de répéter à rebours le très beau geste des Anglais. Aucune ville plus que Manchester ne mérite la solidarité des stades, a fortiori de France tant cette ville a aimé en son temps Eric Cantona.

Au demeurant l’attentat de Manchester est une réplique presque à l’identique de celui du Bataclan : une artiste américaine, une musique à l’image de la jeunesse, le blé fauché en herbe. La destruction que ces attentats opèrent est immédiate et peut-être aussi médiate.

L’immédiat c’est la mort des enfants, des yeux à peine ouverts qui déjà se referment. Aucun mot, aucune phrase ne rendra la réalité de ces vies tout juste commencées, sitôt éteintes.

Le temps médiat est celui des consciences qui s’affaissent. D’abord, il y a l’habitude qui émousse l’émotion et transforme une horreur en données: réaction naturelle mais érosion malheureuse du sentiment d’humanité. Ensuite, il y a le risque de s’aligner sur le comportement de l’ennemi: ce qui nous différencie du terroriste islamiste, c’est notre part d’humanité, l’idée que l’autre est un autre soi-même. Toute guerre, tout conflit, tout impératif de sécurité créent une tension entre ce que nous voulons être et ce que nous devons faire pour en assurer la protection. L’équilibre est difficile entre le risque de disparaître et celui devenir un autre.

Ce que les Mancuniens ont exprimé comme les Parisiens l’avaient fait avant eux, c’est justement l’ambition de rester eux-mêmes : difficile mais nécessaire.