Le premier vainqueur du dernier suffrage furent les mânes du Général de Gaulle lequel voyait dans l’élection présidentielle la rencontre d’une personne et de la Nation. A cet égard, la chevauchée de Monsieur Macron fut un exercice presque parfait. Il est paradoxal que ceux-là mêmes qui évoquent de Gaulle à chaque temps mort de leur pensée n’aient ni vu ni compris le phénomène.

La défaite de Monsieur Fillon est d’abord celle d’un appareil partisan dépourvu de toute idée sinon celle de prendre le pouvoir et de le garder. La défaite du Parti Socialiste est de même nature mais de plus forte puissance. Quant au succès de Madame Le Pen, il n’est pas comme se plaisent à se le dire les élus Républicains, le résultat du quinquennat de Monsieur Hollande mais la conséquence pathétique de leur incapacité à incarner une alternance crédible. Il est logique qu’après cinq années de pouvoir de gauche, la droite soit la mieux placée pour remporter une élection. Il est paradoxal que la droite la moins extrême soit à ce point décomposée qu’elle se soit fait déborder par son extrême: par son extrême de l’intérieur pendant les primaires et par son extrême de l’extérieur au premier tour de l’élection présidentielle. Le Parti Socialiste est encore au diapason avec une intensité plus grande et là, c’est effectivement la responsabilité de Monsieur Hollande qui au lendemain de son élection en 2012, n’a pas su constituer une majorité tournée vers le Centre, choisissant de se faire enfermer par les éléments les moins modérés de son parti laissés en héritage par l’ombre de Madame Aubry.

Si le premier tour se termine par la déroute des partis qui se disaient de gouvernement, il n’en demeure pas moins que les institutions de la Vème République sont de nature parlementaire et que le Président ne peut exercer la plénitude de ses prérogatives que pour autant qu’il dispose d’un soutien majoritaire à l’Assemblée Nationale. Monsieur Macron connaît cette contrainte et se doit de la gérer comme il a su gérer jusqu’à présent son parcours présidentiel.

Le schéma hérité du passé serait pour En Marche de rechercher un accord de gouvernement avec l’un des deux partis défaits le 23 avril dernier. Si l’accord était recherché avec les Républicains, En Marche deviendrait son appoint ; si l’accord était cherché avec le Parti Socialiste, En Marche en serait sans doute le pôle dominant mais dans un désert ; dans les deux cas, En Marche renoncerait au souffle qui en fait la qualité, le talent et l’attrait. La nécessité est de tirer toutes les conséquences de la décomposition idéologique des Républicains et du Parti Socialiste et de prendre acte que la ligne de fracture ne court plus entre ces partis mais au sein de chacun d’entre eux. Ce n’est pas avant le scrutin législatif qu’il faudra passer des accords mais après celui-ci, avec ceux dont les mauvaises langues diront qu’ils auront humé le délicieux fumet de la soupe et dont les gens mieux informés constateront qu’ils voudront concourir à une œuvre plus que jamais nécessaire.

Un Président et une majorité n’effaceront cependant pas la réalité qu’au soir du 23 avril les extrêmes représentaient près de quarante pour cent des suffrages et qu’une démocratie ne peut durer avec près de la moitié de ses électeurs exclue de toute représentation nationale. Assurer cette représentation sans empêcher une majorité de gouvernement de se constituer et d’agir, oblige à revoir le mode de désignation du Sénat. Actuellement celui-ci est issu d’un suffrage indirect dont le mécanisme est à ce point abscons que peu de Français le connaissent. Il est urgent que les sénateurs soient élus à un suffrage à la fois direct et proportionnel, permettant à chaque composante politique d’y être représentée sans devenir source d’instabilité puisque l’Assemblée Nationale conservera en dernier ressort le pas sur le Sénat.

Si les années à venir doivent être celles d’un renouveau, les mois prochains doivent être ceux d’une reconstruction commençant par l’élection de Monsieur Macron et se poursuivant par la constitution d’une majorité à l’Assemblée Nationale et par la mutation du Sénat en écho de toutes les sensibilités du pays même les plus déraisonnables.