Madame Garaud disait que seul le pouvoir pouvait changer un homme. A première vue, Monsieur Trump est l’illustration de cet aphorisme. Elu pour supprimer l’Obamacare, réduire l’Otan, en découdre avec la Chine et s’accointer avec Monsieur Poutine, il s’accommode du premier, maintient le deuxième, cause avec le troisième et vient indirectement d’envoyer cinquante neuf missiles sur la tête du dernier.

 Les esprits forts disserteront des motifs de Monsieur Trump, croyant lire dans ses pensées et confrontant ses recommandations d’hier à ses décisions d’aujourd’hui. L’exercice sera inutile et incertain en ce que les motivations importent peu en comparaison des conséquences et qu’il est toujours périlleux de vouloir sonder les cœurs et les reins.

 La première circonstance d’intérêt dans l’initiative de Monsieur Trump est que celui-ci vient de rebattre les cartes au profit des Etats-Unis et par effet domino, du monde occidental. Monsieur Poutine et Monsieur Xi Jinping relèvent du joueur d’échecs, excellent, mais seulement quand il joue aux échecs : un jeu où chacun développe une stratégie dans un cadre défini, en se conformant à un certain nombre de règles donnant à la partie une forme de prévisibilité. Ce que Monsieur Trump vient de signifier, est que lui joue à un jeu aléatoire, se réservant d’agir comme il l’entend avec l’avantage de disposer de capacités plus grandes que celles de la Russie et encore supérieures à celles de la Chine. Désormais donc Monsieur Poutine et Monsieur Xi Jinping traitent avec quelqu’un dont ils n’anticiperont pas les réactions et qui peut leur faire grand mal. Rien de tel qu’un tacticien bardé de quelques idées simples pour empêcher le déroulement d’une stratégie.

 En Europe, les cinquante neuf missiles vont créer une marge de sécurité : Monsieur Poutine réfléchira à deux fois avant de s’avancer dans les Etats Baltes que pourtant il observe avec gourmandise et il sera sans doute plus prudent en Ukraine.

 En Asie, les cinquante neuf missiles signifient que les Etats-Unis ne se contenteront peut-être plus longtemps de demander à la Chine de raisonner son allié nord-coréen.

 Au Moyen Orient, les cinquante neuf missiles indiquent que la Russie n’est pas en terrain conquis et que même son bail syrien ne lui est pas définitivement acquis. L’inconvénient dans cet Orient compliqué, est que la ligne de fracture entre l’espace chiite iranien et syrien soutenu par la Russie et l’espace sunnite soutenu par l’Occident, se trouvera renforcée alors qu’en termes rationnels et même de valeur, on voit mal la supériorité sur l’Iran de l’Arabie Saoudite qui bombarde le Yémen sans pitié ni remords.

 En termes de droits de l’Homme et de simple humanité, les cinquante neuf missiles marquent un interdit de l’usage des armes chimiques : c’est plutôt une bonne chose même si de simples bombes sont également capables de grandes destructions dans l’indifférence générale.

Un parallèle peut être tiré entre Reagan à qui on faisait aussi un procès en insuffisance intellectuelle et Monsieur Trump ainsi qu’entre l’Union Soviétique et la Russie Poutinienne. Monsieur Trump ne deviendra sans doute pas une divine surprise mais pourrait se révéler une Ruse de l’Histoire.