Monsieur Macron commença sa campagne en indiquant que travailler permettait de s’acheter des costumes. Monsieur Fillon termine la sienne en démontrant que la réalité est sans doute plus complexe …. Il est trop tôt pour deviner le gagnant de la prochaine élection présidentielle mais il est déjà possible d’en connaître les perdants.

Le premier perdant est une certaine forme d’équilibre politique. La France supporte le cumul des extrêmes sous réserve qu’il ne dépasse pas trente pour cent de son corps électoral. De la Libération à l’avènement de la Cinquième République, le Parti Communiste représentait jusqu’à un quart des électeurs et l’extrême droite n’existait pas. Longtemps depuis l’irruption du Front National dans le paysage politique français, le cumul de ses voix et de celles de l’extrême gauche manquait à dépasser le quart puis le tiers des votants. Aujourd’hui l’addition des partisans de Madame Le Pen, de ceux de Monsieur Mélenchon et aussi d’une partie de ceux de Monsieur Hamon de plus en plus radicalisé, se rapproche du seuil de la moitié des intentions de vote.

Les primaires sont le deuxième grand perdant de la campagne en cours. Les candidats qu’elles ont produits caracolent en queue de sondage sans que les problèmes circonstanciels des uns et des autres ne suffisent à expliquer cette course vers l’abîme. L’invention des primaires est l’illustration de la perte d’influence des partis qui les organisent. C’est parce qu’ils sont rétrécis sur leur base, privés de dynamique et rongés de forces centrifuges que Parti Socialiste et Républicains ne parviennent plus à faire émerger personnalités et équipes et qu’ils se trouvent contraints d’organiser leurs courses de chevaux. En outre, l’exercice même des primaires est insusceptible de permettre la sélection d’une personne capable de déborder le périmètre militant de son parti car ce sont les plus radicaux de chaque camp qui votent, sélectionnant de façon mécanique le candidat le moins apte à déborder les frontières idéologiques de sa base.

Le troisième grand perdant est la politique dans l’acception noble du terme. La Syrie est à feu et à sang, le terrorisme islamiste se poursuit, la Somalie disparaît sous la famine. Pendant ce temps, la politique française avance comme en apesanteur sans le moindre débat d’idées, au rythme d’affaires troublantes mais dérisoires à l’échelle de l’Histoire.