Monsieur Valls a évoqué une guerre de civilisation à propos de la traînée d’attentats de ces dernières semaines. La Gauche s’en est émue, la Droite s’en est réjouie reprochant néanmoins au Premier Ministre de ne pas agir comme il devrait sans que ce grief là ne soit particulièrement pertinent. Comme Monsieur Valls parlait plutôt qu’il n’écrivait, il n’est pas sûr si dans son esprit il s’agissait d’une guerre de civilisation ou d’une guerre de civilisations, c’est-à-dire d’une guerre de la civilisation contre son contraire ou d’une guerre entre deux civilisations.

Bien poser le problème, apprenait-on, est déjà le résoudre et pour essayer de comprendre à quelle guerre il nous est donné d’assister, il convient de comprendre ce qu’est une civilisation. Le “Nouveau Larousse Illustré“ publié au tournant des XIXème et XXème siècles mais dont la lecture reste d’actualité, distinguait les civilisations de la civilisation, relevant que :

a- “le mot civilisation désigne un tout complexe qui comprend les idées professées et les habitudes contractées par l’homme vivant en société (….) Il y a autant de civilisations qu’il y a de collectivités organisées“ ;

b- “Aux civilisations s’oppose la civilisation (….) présentant à un degré de plus en plus haut des caractères particuliers“, notamment “la conscience (….) du caractère sacré de toute personne humaine.“

Dans le premier sens du mot civilisation, une guerre de civilisations se réduit à une guerre entre des sociétés dont les idées et les habitudes divergent, faisant ainsi entrer dans son champ un très grand nombre de conflits. Le second sens du mot civilisation est paradoxal en ce qu’il oblige à établir une hiérarchie entre les civilisations faisant ainsi dépendre le second sens du premier. C’est l’assimilation de la civilisation à la conscience du caractère sacré de la Personne humaine qui permet de résoudre la contradiction en rendant perceptible presque d’instinct, la ligne de fracture entre civilisation et barbarie. Il ne s’agit plus de différences d’idées ou d’habitudes, en termes notamment d’organisation sociale, de croyances religieuses ou d’indifférence à celles-ci ; il s’agit tout simplement de la relation qu’une société entretient avec la Personne humaine.

La guerre contre le nazisme fut une guerre de la civilisation contre la barbarie sans amalgame entre celle-ci et la civilisation allemande mais posant la question du lien entre les deux : Wagner et Nietzsche furent-ils parmi les prémisses du nazisme ou celui-ci fut-il une génération spontanée détournant à son profit une culture qui lui était étrangère ? Même si les natures de l’islamisme et du nazisme sont radicalement différentes, l’islamisme est bien une barbarie par la relation qu’il entretient avec la Personne humaine, la guerre contre lui est bien une guerre de civilisation sans amalgame avec les sociétés où il s’est développé mais posant aussi la question du lien dialectique entre lui-même et ces sociétés.