D’un Royaume bien Uni

 

Les élections au Royaume-Uni ont conservé le charme qu’avaient naguère les scrutins en France lorsque les instituts de sondage ne donnaient pas encore le résultat du vote à la clôture du scrutin. Ainsi les soirées électorales britanniques permettent aux faux experts imités de vrais penseurs, de dérouler à minuit des analyses que le petit jour effacera sans qu’aucun ne s’en trouble. De façon plus maladroite en France, les erreurs d’analyse survivent à la nuit, tellement le voisin insulaire y demeure un inconnu.

 

Le premier enseignement de la dernière élection britannique est que le scrutin majoritaire à un tour remplit sa fonction. Celle-ci est de dégager une majorité parlementaire et de permettre l’exercice du pouvoir par un gouvernement pendant une législature et non pas de constituer une caisse de résonnance pour toutes les idées du moment, lesquelles peuvent librement s’épanouir dans la presse, le livre, les media, voire la rue pour celles et ceux qui aiment s’adonner à la marche. A cet égard, il y a lieu d’observer qu’en une seule fois, les britanniques choisissent un gouvernement et une majorité parlementaire alors que pour parvenir au même résultat les français s’y prennent à cinq fois : une primaire, deux tours d’élections présidentielles et deux tours d’élections législatives.

 

La deuxième leçon du scrutin britannique est l’absence de véritable risque d’éclatement du pays quoiqu’en disent les pythies d’opérette. Le parti nationaliste écossais (le “SNP“) caracole avec moins de cinq pour-cent des voix, concentrés sur dix pour-cent de la population. En outre et surtout, ce vote n’exprime pas de la part des écossais, une volonté majoritaire de rupture. Il faut se souvenir que l’Ecosse n’est ni une ancienne province ni même une ancienne conquête anglaise. L’Ecosse est un pays à part entière qui a eu ses rois, sa Réforme religieuse, ses armées, sa diplomatie. En 1707, elle ne s’est pas unie à l’Angleterre mais avec l’Angleterre et aux termes d’un traité entre deux nations. De façon anecdotique mais significative, l’armoirie du Royaume-Uni se présente différemment en Ecosse et en Angleterre, les places respectives du Lion et de la Licorne y étant inversées. Le vote en faveur du SNP n’est donc pas le signe du délitement d’un pays mais la persistance sur une ligne plus marquée, d’un sentiment national qui a toujours existé. Si l’on veut anticiper, l’exemple le plus proche de l’Ecosse est celui du Québec où le parti indépendantiste a longtemps gouverné sans jamais gagner un référendum sur l’indépendance. De même que les Québécois veulent exister et être reconnus et respectés en tant que Québécois au sein du Canada, les Ecossais ne souhaitent pas nécessairement quitter le Royaume mais y être considérés en qualité d’Ecossais.

 

Le troisième élément qui se dégage du scrutin est celui d’un détachement à l’égard de l’Europe, que les élites en France ne comprennent pas parce qu’elles n’ont toujours pas compris que les Français avaient voté contre la constitution de l’Union européenne et ainsi eux-aussi exprimé à tout le moins un détachement envers l’Europe. Celle-ci fut un idéal mais n’est plus qu’un moyen pour chaque nation de faire avancer ses intérêts: la seule différence entre le Royaume-Uni et les gouvernements continentaux est la lecture qu’ils font de leurs intérêts nationaux respectifs.