La confusion des concepts est chose dangereuse car mal appréhender une réalité rend plus difficile de la résoudre.

Longtemps, certains bien intentionnés mais faussement savants faisaient de Franco un fasciste. Il était certes un dictateur, un dictateur de droite, un dictateur taché de sang, plus encore que ne le fut Mussolini mais il n’était pas un fasciste. Le fascisme fut au sens étymologique du terme une doctrine révolutionnaire visant à renverser puis à créer une société radicalement nouvelle, articulée autour d’un parti et de mouvements satellites structurant les populations en grandes masses. Le franquisme fut, toujours au sens étymologique du terme, une réaction visant à rétablir une société traditionnelle. Si les deux régimes se sont ressemblé par leur usage de la violence et leur refus de la démocratie, par leur alliance aussi, leurs fondements idéologiques ne se sont jamais confondus.

C’est avec une infinie justesse que les pouvoirs publics rendent hommage aux victimes des génocides, juifs et arméniens. Cependant, le sens de ces commémorations et la nécessité de comprendre les tragédies modernes, commandent de ne pas confondre en une douteuse approximation historique, les massacres organisés du XXème siècle et ceux de ce début de XXIème siècle.

Les génocides du XXème siècle furent l’œuvre essentiellement d’agnostiques. Les “jeunes turcs“ voulaient créer un Etat monolithique, débarrassé de ses populations différentes et donc arméniennes mais le paradoxe est qu’ils étaient détachés de leur religion, voire Francs-Maçons. De même, Hitler ne s’est jamais inscrit dans une démarche religieuse mais dans un délire racial et les grandes célébrations nazies furent aussi une résurgence du paganisme. L’idéologie communiste plaçait à l’évidence Staline et Pol Pot aux antipodes du religieux.

L’état islamique poursuit un dessein génocidaire et ce faisant ses buts se rapprochent de ceux des “jeunes turcs“, nazis, communistes soviétiques et autres khmers rouges mais son terreau est radicalement différent. Il ne s’agit pas pour l’état islamique de créer une société nouvelle détachée de concepts hérités du passé mais bien au contraire d’imposer par la terreur le pouvoir totalisant d’une religion déjà ancienne. Alors que nazis et jeunes turcs cherchaient à cacher leurs crimes, se sachant en rupture de la morale la plus communément répandue, l’état islamique expose les siens sans retenue pour faire peur certes mais aussi parce qu’il croit se conformer à une volonté divine. De même les nazis s’appropriaient les œuvres d’art de leurs victimes alors que l’état islamique se plaît à les détruire.

Le crime collectif se combat d’abord par la force, mais seule l’intelligence peut en éradiquer la sève en expliquant l’abîme qu’il constitue. Encore faut-il comprendre le mécanisme qui crée chaque folie et ne pas se contenter de chercher dans l’Histoire des ressemblances qui n’en sont pas.

Certes, du point de vue de la victime, il importe peu d’être pendue par un athée ou par un religieux mais pour tenter de résorber un phénomène, le bien comprendre et le bien présenter sont à tout le moins utiles.