Nul ne saura jamais combien de sœurs du “Sourire de Reims“ ont péri entre guerres de religion et Révolution Française et si le Veau d’or ne fut pas l’œuvre d’un Michel-Ange retourné à l’oubli.

L’art religieux des uns a toujours payé un lourd tribu à la religion des autres.

Pourtant, l’art religieux ne dit rien ou presque sur les divinités qu’il est censé représenter mais beaucoup sur la relation qu’une civilisation entretient ou pas avec le divin.

En cela l‘art religieux d’une civilisation disparue est ce qui reste de son dialogue avec l’éternité, un murmure silencieux que les civilisations qui la suivent peuvent choisir d’entendre ou pas.

Clairement en décidant de détruire les statues de Nimrod, l’état islamique a choisi de ne rien entendre et d’empêcher d’entendre.

En choisissant en outre de s’affranchir des limites du temps pour juger et condamner post mortem, l’état islamique s’est confondu avec Dieu lui-même qui comme l’écrivait Victor Hugo “nous laisse l’espace mais garde la durée“.

Certes la destruction de statues est infiniment moins grave que l’exécution d’un seul otage ou même que la destruction de lieux de culte effectivement utilisés mais il reste la seconde mort des civilisations qui les ont bâties, le silence imposé.

La négation des civilisations éteintes peut prendre la forme brutale de l’état islamique.

Elle peut aussi prendre la forme civilisée de nos musées.

Il ne viendrait à l’idée de personne de découper au chalumeau les tombeaux des rois de France entreposés à Saint Denis afin de les exposer ailleurs.

Pourtant il suffit de traverser les salles de nos musées consacrées à l’Egypte ancienne pour y découvrir des momies -hommes statufiés-, des sarcophages ouverts -cercueils démontés-, des corps dégagés de leurs bandelettes et qui furent ceux de rois.

Les civilisations défuntes demeurent dans le champ de notre intelligence mais échappent à celui de notre sensibilité et leur part essentielle nous devient inaccessible.

De façon paradoxale cependant, les statues de Nimrod qui resteront, sont justement celles qui furent naguère, découpées et transportées dans des musées.