Le blog de Stephen Monod

18 janvier 2018

Du Radeau de la Méduse

Les Bourbons disparurent une première fois par la faiblesse de Louis XVI, une seconde par l’autoritarisme puéril de Charles X. Monsieur Macron vient de réussir le tour de force de cumuler les deux tares en un élan unique.

En décidant tout seul dans le secret de ses alcôves élyséennes, de supprimer le projet de Notre Dame des Landes, soutenu par les élus, ratifié par le suffrage populaire et validé par les tribunaux, Monsieur Macron a ressuscité le Bon Plaisir, diminué de l’élégance que les Rois mettaient parfois à leurs décisions les plus contestables.

Autoritaire dans la forme, la décision de Monsieur Macron n’en est pas moins faible dans le fond. Les écologistes en France ne représentent rien ni personne : leur seule façon de compter des élus est de passer des accords d’appareils avec un Parti Socialiste à la dérive. Poussé pourtant par la conviction que l’Histoire a un sens et que ce sont eux qui la perçoivent, ils opposent la violence aux lois. Cette stratégie dont la force ne tient qu’à la faiblesse de leurs adversaires, triomphe aujourd’hui parce que le sommet de l’Etat n’est pas davantage pourvu du principe d’autorité qu’il ne l’était auparavant.

Le masque est tombé, Monsieur Macron est un politicien comme un autre, privilégiant son image et sa tranquillité immédiate et ne s’opposant avec énergie qu’à ceux que l’usure du temps a rendu impotents, syndicats et autres partis politiques.

Le Grand Ouest restera doté d’un aéroport insuffisant à moins que les Nantais ne subissent les nuisances sonores attachées à une extension du leur.

Pour sa part, la France peut se préparer à demeurer longtemps conduite par son Prince-Président, tellement les possibilités d’alternance sont vides. Le Parti Socialiste est moribond d’avoir préféré l’illusion lyrique du grand soir à la gauche de gouvernement ; les Républicains s’enferment dans la nostalgie nauséabonde d’un passé imaginaire, fait de frontières hermétiques et de rejet de l’Autre.

Election après élection, l’univers politique continue de dériver tel un Radeau de la Méduse, que seule la vigueur de la société civile parvient plus ou moins, à compenser.

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