Le blog de Stephen Monod

17 août 2017

Des dépendances d'un Empire

Les Cités-Etats illuminèrent la Grèce antique avant de disparaître, emportés par l'Etat-Nation de Philippe de Macédoine. De même, les Cités-Etats de l'Italie médiévale et de la Renaissance furent les phares avancés de la civilisation occidentale avant de succomber aux armées des Rois de France et à celles des Rois d'Espagne et de l'Empire. Venise en fut le dernier éclat, s'éteignant de peur à la vue de Bonaparte.

Les Empires modernes pourraient être aux Etats-Nations de l'Europe ce que ceux-ci furent à leurs Cités-Etats. Il suffit de lever les yeux pour voir les masses humaines que représentent la Chine et l'Inde et dans une moindre mesure la Russie. Il suffit de regarder d'un peu près, à tout le moins la Chine, pour constater que pour la première fois depuis le début du XIXème siècle, ce ne sont pas des pays en marche vers la démocratie ou qui en ont atteint la forme la moins imparfaite possible, qui sont les puissances ascendantes de l'époque. Le modèle chinois est une synthèse de dictature du parti unique et de libéralisme économique, grosso modo le même que celui de Pinochet: curieusement, celui-ci soulevait à juste titre, l'indignation alors que l'Empire du Milieu ne suscite qu'une peureuse complaisance.

Devant cette montée des Empires, les nations européennes ne sont que proies faciles. Conçue pour se défendre contre elle-même, l'Europe se satisfait d'avoir créé entre ses membres des liens trop complexes pour, pense-t-elle, qu'ils ne se fassent la guerre. Se trompant d'ennemi, elle semble penser que l'essentiel serait de parler haut aux Etats-Unis. Totalement inconsciente, elle fut heureuse de tenir envers la Grèce des comptes d'apothicaire alors que le Pirée était devenu un port chinois.

L'Europe ne sera pas avant longtemps, une entité politique unie car ses peuples ne le veulent pas. Il est néanmoins urgent qu'elle devienne autre chose qu'une fabrique de règlements, à tout le moins un concert de nations intelligent, sauf pour ces nations à devenir les dépendances d'un Empire.

 

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03 août 2017

D’un Eternel Retour

Séduite par Zeus et délaissée, Europe se languit sur les rives de la Crète.

L’autre Europe, laissée en héritage par les survivants de l’apocalypse, s’est sans doute abandonnée elle-même sur les rives de la crise grecque. Jusque là flottait l’idée qu’elle était un bien commun transcendant les destins nationaux. A partir de là, l’illusion se dissipa dans l’infernale vision de grands comptables se relayant au chevet d’Athènes, non pour la guérir mais pour lui administrer calculs d’apothicaires et leçons de morale.

Le Brexit, dur ou mollasson, ne fut plus alors que le point de déplacement extrême d’un curseur qui ne bouge plus en fonction d’un destin en partage mais d’une arithmétique de boutiquiers inaptes à comprendre le défi des masses mouvantes de nations pachydermes et de populations à la dérive.

Monsieur Macron se vante d’être un européen convaincu et pour fortifier la démonstration, a couru au lendemain de son élection jusqu’à Berlin, comme un quelconque Président du Conseil oublié de la IVème République se précipitait au soir de sa désignation, à Washington.

La compréhension macronienne de l’Europe n’est que le rafraichissement de celle de Monsieur Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt ou de leurs jumeaux Mitterrand et Kohl, une espèce de réécriture de la relation manquée de Napoléon III et de Bismark qui, s’ils ne s’étaient pas sottement fait la guerre, auraient pu ensemble dominer autres nations et autre empire du continent.

Dans cette étrange exercice de domination en couple et tel Napoléon III s’offrant des victoires aux dépens de l’Autriche, le nouveau Prince-Président pense avoir trouvé avec l’Italie un faire-valoir de qualité : suffisamment grand pour que cela semble sportif, suffisamment petit pour que le succès paraisse acquis.

Laissée à l’écart des gesticulations libyennes de l’Elysée, l’Italie est priée de ne pas diriger vers la France, l’un quelconque des bateaux qui lui amènent chaque jour leurs cargaisons de douleur. Mieux encore, après que des Coréens eurent longtemps possédé les Chantiers de Saint-Nazaire, la perspective de leur contrôle depuis Milan obligerait à une nationalisation, éternel retour d’un jacobinisme désuet ! 

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20 juillet 2017

Des Marches de la Gauche

Des Marches de la Gauche

La lecture la plus répandue du succès de Monsieur Macron et de ses disciples est celle d’un remplacement de l’alternance de la Droite et de la Gauche par un Centre ne laissant en dehors de lui que quelques extrêmes ou quelques sots ayant raté le train de la lumière.

C’est une lecture en trompe-l’œil confondant Gauche et Socialisme parce que pendant plus d’un siècle le second a absorbé la première comme à partir du XVIème siècle, les théologies luthéro-calvinistes avaient absorbé toutes les sensibilités se démarquant de Rome.

La Gauche est née bien avant Marx d’un refus émotionnel de l’injustice: ce fut au XVIIIème siècle, la critique du système monarchique et plus tard au XIXème la revendication du suffrage universel et des libertés fondamentales. Cette Gauche là n’a cependant pas perçu l’injustice de la condition ouvrière de l’industrie naissante et s’est fait subtiliser son positionnement par les socialistes.

Avec le temps, l’impossibilité de mettre en place un régime socialiste a fini par vider l’appellation même de toute signification et mettre le parti du même nom dans une contradiction permanente entre son discours et ses actes: on peut reprocher beaucoup de choses à Monsieur Hollande mais certainement pas d’avoir installé le socialisme en France. De cette contradiction est né un divorce entre les socialistes et la Gauche qui ne l’était plus.

C’est dans ce contexte là qu’il faut comprendre l’accession d’En Marche à celles du pouvoir. Il y a toujours une Gauche et une Droite mais sauf pour ses extrêmes, communistes, insoumis ou autres, la Gauche n’est simplement plus socialiste.

La difficulté pour elle et pour la Droite va être de s’inventer des marqueurs les rendant à la fois crédibles et différentes. L’exercice sera aussi difficile pour l’une que pour l’autre car En Marche prend le risque de se résumer à une équipe de gestionnaires entre les mains d’un Monarque-Président et les Républicains prennent celui de se confondre avec le Front National.

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06 juillet 2017

De la Montagne et de la Souris

D’abord, il y eut l’annonce que Monsieur de Rugy élu à l’Hôtel de Lassay sur instruction de sa hiérarchie, devrait en déguerpir après deux années et demie pour que dans l’équilibre des hochets, une femme succède à un vert. Le fantôme du Duc de Morny se réjouit peut-être de bientôt voir une dame présider à ses salons mais la Représentation Nationale ne gagnera rien à regarder sa Présidence devenir une prébende en partage.

Ensuite, il y eut le discours du Président de La République dont il s’est compris que dans un pays rongé par un chômage endémique depuis près de quarante ans, miné de déficits à ce point chroniques qu’ils sont devenus la règle et paralysé de règlements tellement complexes que même les spécialistes pourraient s’y égarer, le souffle du renouveau devait se porter toutes choses cessantes sur la façade des Institutions. On attendait une révolution fiscale, un bouleversement en profondeur des pesanteurs dont la campagne d’En Marche avait indiqué qu’elles étaient cause de tous les maux. Voilà que sont annoncées la suppression du Conseil Economique et Social qui certes ne sert à rien, la réduction du Sénat d’un tiers sans que l’on ne sache bien pourquoi un tiers et pas un quart ou plus ou moins et aussi l’introduction d’un peu de scrutin proportionnel sans que la notion d’un peu ne soit bien claire. Même une fin de banquet du Parti Radical de la meilleure époque, aurait eu peine à s’émouvoir d’un programme aussi plat. A fortiori, les dorures du Château de Versailles, témoins privilégiés de l’Histoire de France, oublieront vite ce Congrès sans importance.

L’électeur qui pensait avoir élu Bonaparte a découvert, voilée d’un masque d’Empereur romain, l’ombre d’Henri Queuille, sans que curieusement la presse ne s’en inquiète. L’espoir en Monsieur Macron, entre Front National et Insoumis, est tellement désespéré que personne avant longtemps ne voudra s’avouer que la montagne peut-être a accouché d’une souris.

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22 juin 2017

De Joséphine

Dans la plupart des démocraties européennes, le pouvoir s’attribue en un tour d’élections législatives tous les cinq ans, précédé d’une campagne relativement courte.

La France férue d’exceptions, supporte dix-huit mois de course d’obstacles rythmée par huit scrutins.  Contrairement aux savants commentaires entendus ici ou là, l’abstention constatée lors du dernier suffrage n’est que la conséquence d’un système devenu fou. A problème compliqué, solution simple : fixer l’élection présidentielle et les élections législatives en même temps. Cela laissera l’électeur se prononcer en deux fois, obligeant seulement à raccourcir le mandat législatif dans l’hypothèse d’une dissolution en cours de mandat présidentiel.

Au-delà de cette exception française, la séquence que le pays vient de vivre est au sens étymologique du terme, extraordinaire. La “Vieille Maison“ a quasiment disparu, happée par deux trous noirs : sa mouvance modérée a pris en marche le train de Monsieur Macron ; sa mouvance frondeuse, usée d’avoir abimé le quinquennat de Monsieur Hollande, s’est plus ou moins fondue dans l’insoumission. La droite dite républicaine se divise et subdivise entre ceux qui comprennent la nécessité de participer au travail législatif et ceux qui continuent de confondre Représentation Nationale et cour d’école. Les extrêmes pourront user du Parlement comme d’une caisse de résonance de leurs programmes d’un autre âge.

De même que les Institutions de la Cinquième République ont permis à Mitterrand d’installer la gouvernance socialiste dans la durée, elles vont permettre l’installation du pouvoir centriste. Paradoxalement, c’est au moment où le combat de sa vie aboutit que Monsieur Bayrou doit s’en retourner à Pau, laissant au Président une maitrise absolue sur le gouvernement et la majorité parlementaire. Un tel alignement de planètes est le fruit du talent mais aussi de la chance. Celle de Napoléon a tourné lorsqu’il répudia Joséphine dont ses soldats disaient que sa Vieille lui portait chance. On ne saurait trop conseiller à Monsieur Macron de conserver près de lui son épouse !

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08 juin 2017

De la Ligne de Front

Au lendemain des attentats de Londres, certains ont entrepris de disserter sur l’échec du modèle multiculturel anglo-saxon et sur la supériorité de la laïcité. Le souvenir du Bataclan et de Charlie Hebdo devrait inciter à une certaine retenue.

La réalité est qu’aucune démocratie quel que soit son mode de fonctionnement n’est en mesure d’empêcher que certains de ses membres ne basculent dans un islamisme mortifère. La réalité est que la cible des assassins n’est pas ce qui peut différencier une société occidentale d’une autre mais ce qui les réunit : une certaine idée de la liberté et de la tolérance, notamment celle d’avoir la religion de son choix ou de ne pas en avoir du tout. A cet égard, la laïcité n’est pas une construction intellectuelle ex nihilo destinée à assurer le bonheur du plus grand nombre mais la banale conséquence du fait qu’en France, la démocratie s’est construite dans un contexte d’opposition à la religion catholique -les torts étant à cet égard partagés- alors que dans les sociétés anglo-saxonnes, la démocratie s’est construite en harmonie avec les religions, généralement protestantes.

Le débat entre laïcité et multi-confessionnalisme est certes intéressant mais en aucun cas il ne contribuera à faire reculer la menace terroriste. Le terrorisme islamiste et donc religieux succède dans le temps à ceux de la Fraction Armée Rouge en Allemagne, des Brigades Rouges en Italie, de l’ETA en Espagne et de l’IRA au Royaume-Uni, qui n’avaient pas grand-chose de religieux mais faisaient un nombre tout aussi impressionnant de victimes et s’en prenaient tout autant aux valeurs de l’Occident même si leurs motivations étaient différentes.

Autrefois les guerres opposaient des armées de quelques milliers d’hommes qui entre deux batailles ravageaient plat pays et villes. Puis, la Révolution Française inventa levée en masse et conscription, permettant de compter en millions combattants et victimes. Dans l’un et l’autre cas les conflits visaient au contrôle de quelques arpents de terre et étaient censés opposer des militaires entre eux.

Le terrorisme est différent en ce que les victimes sont davantage frappées pour ce qu’elles symbolisent dans l’esprit de leurs assassins que pour ce qu’elles sont réellement et la ligne de front devenue invisible passe devant tout un chacun.

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24 mai 2017

De Manchester

Au lendemain des attentats qui endeuillèrent Paris, nombreux stades de football retentirent en Angleterre de Marseillaise dont les paroles avaient été publiées à dessein par les journaux, ceux-là même sans doute qui plus tard soutinrent le Brexit. La compassion fait fi des querelles de doctrine et les stades en France s’honoreraient de répéter à rebours le très beau geste des Anglais. Aucune ville plus que Manchester ne mérite la solidarité des stades, a fortiori de France tant cette ville a aimé en son temps Eric Cantona.

Au demeurant l’attentat de Manchester est une réplique presque à l’identique de celui du Bataclan : une artiste américaine, une musique à l’image de la jeunesse, le blé fauché en herbe. La destruction que ces attentats opèrent est immédiate et peut-être aussi médiate.

L’immédiat c’est la mort des enfants, des yeux à peine ouverts qui déjà se referment. Aucun mot, aucune phrase ne rendra la réalité de ces vies tout juste commencées, sitôt éteintes.

Le temps médiat est celui des consciences qui s’affaissent. D’abord, il y a l’habitude qui émousse l’émotion et transforme une horreur en données: réaction naturelle mais érosion malheureuse du sentiment d’humanité. Ensuite, il y a le risque de s’aligner sur le comportement de l’ennemi: ce qui nous différencie du terroriste islamiste, c’est notre part d’humanité, l’idée que l’autre est un autre soi-même. Toute guerre, tout conflit, tout impératif de sécurité créent une tension entre ce que nous voulons être et ce que nous devons faire pour en assurer la protection. L’équilibre est difficile entre le risque de disparaître et celui devenir un autre.

Ce que les Mancuniens ont exprimé comme les Parisiens l’avaient fait avant eux, c’est justement l’ambition de rester eux-mêmes : difficile mais nécessaire.

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11 mai 2017

D’une Impérieuse Nécessité

“Qu’il est, et le plus jeune et le plus grand des Rois“ écrivait Corneille de Louis XIV à l’aube du règne personnel de celui-ci. Gageons que Madame Macron qui fut professeur de lettres connaît ces vers et Monsieur Macron sans doute aussi. Imaginons que l’un et l’autre y ont pensé si près du Louvre dont Louis XIV justement dut s’enfuir, enfant, et qu’il finit par délaisser pour Versailles. Il ne s’agit pas ici de sombrer dans la flagornerie mais de souligner le parcours hors normes d’un trentenaire inconnu qui en moins d’une année s’est hissé au sommet de l’Etat. Louis XIV avait l’hérédité ; Monsieur Macron n’a eu que son talent quoi que les pisse-froid de toutes obédiences se plaisent à susurrer.

Reste que les institutions de la Vème République sont une curieuse alchimie de régime présidentiel et de régime parlementaire qui oblige le Président de nommer un gouvernement bénéficiant de la confiance de l’Assemblée Nationale et donc d’une majorité au sein de celle-ci.

De façon obligée, les partis qui perdent les élections présidentielles découvrent au lendemain de celles-ci d’étranges vertus à la cohabitation. Lorsque l’exercice est conduit par des personnes se réclamant de l’héritage du Général de Gaulle, l’effet est pathétique tant les institutions que celui-ci a voulues ont fait du Président de la République la clef de voûte du pouvoir et de son élection le moment où le peuple lui confie l’essentiel des responsabilités. Au demeurant, l’électeur serait fou d’avoir supporté dix-huit mois de campagne électorale pour désigner un homme et lui refuser trente jours après les moyens de sa politique. Disons le tout de go : le pays a choisi d’être en marche et doit le rester au moins cinq ans sauf à ressusciter ce désordre à la française dont les pays étrangers se gaussent régulièrement.

Donner au nouveau Président de la République une majorité parlementaire est une impérieuse nécessité.

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27 avril 2017

D’un Tour l’Autre

Le premier vainqueur du dernier suffrage furent les mânes du Général de Gaulle lequel voyait dans l’élection présidentielle la rencontre d’une personne et de la Nation. A cet égard, la chevauchée de Monsieur Macron fut un exercice presque parfait. Il est paradoxal que ceux-là mêmes qui évoquent de Gaulle à chaque temps mort de leur pensée n’aient ni vu ni compris le phénomène.

La défaite de Monsieur Fillon est d’abord celle d’un appareil partisan dépourvu de toute idée sinon celle de prendre le pouvoir et de le garder. La défaite du Parti Socialiste est de même nature mais de plus forte puissance. Quant au succès de Madame Le Pen, il n’est pas comme se plaisent à se le dire les élus Républicains, le résultat du quinquennat de Monsieur Hollande mais la conséquence pathétique de leur incapacité à incarner une alternance crédible. Il est logique qu’après cinq années de pouvoir de gauche, la droite soit la mieux placée pour remporter une élection. Il est paradoxal que la droite la moins extrême soit à ce point décomposée qu’elle se soit fait déborder par son extrême: par son extrême de l’intérieur pendant les primaires et par son extrême de l’extérieur au premier tour de l’élection présidentielle. Le Parti Socialiste est encore au diapason avec une intensité plus grande et là, c’est effectivement la responsabilité de Monsieur Hollande qui au lendemain de son élection en 2012, n’a pas su constituer une majorité tournée vers le Centre, choisissant de se faire enfermer par les éléments les moins modérés de son parti laissés en héritage par l’ombre de Madame Aubry.

Si le premier tour se termine par la déroute des partis qui se disaient de gouvernement, il n’en demeure pas moins que les institutions de la Vème République sont de nature parlementaire et que le Président ne peut exercer la plénitude de ses prérogatives que pour autant qu’il dispose d’un soutien majoritaire à l’Assemblée Nationale. Monsieur Macron connaît cette contrainte et se doit de la gérer comme il a su gérer jusqu’à présent son parcours présidentiel.

Le schéma hérité du passé serait pour En Marche de rechercher un accord de gouvernement avec l’un des deux partis défaits le 23 avril dernier. Si l’accord était recherché avec les Républicains, En Marche deviendrait son appoint ; si l’accord était cherché avec le Parti Socialiste, En Marche en serait sans doute le pôle dominant mais dans un désert ; dans les deux cas, En Marche renoncerait au souffle qui en fait la qualité, le talent et l’attrait. La nécessité est de tirer toutes les conséquences de la décomposition idéologique des Républicains et du Parti Socialiste et de prendre acte que la ligne de fracture ne court plus entre ces partis mais au sein de chacun d’entre eux. Ce n’est pas avant le scrutin législatif qu’il faudra passer des accords mais après celui-ci, avec ceux dont les mauvaises langues diront qu’ils auront humé le délicieux fumet de la soupe et dont les gens mieux informés constateront qu’ils voudront concourir à une œuvre plus que jamais nécessaire.

Un Président et une majorité n’effaceront cependant pas la réalité qu’au soir du 23 avril les extrêmes représentaient près de quarante pour cent des suffrages et qu’une démocratie ne peut durer avec près de la moitié de ses électeurs exclue de toute représentation nationale. Assurer cette représentation sans empêcher une majorité de gouvernement de se constituer et d’agir, oblige à revoir le mode de désignation du Sénat. Actuellement celui-ci est issu d’un suffrage indirect dont le mécanisme est à ce point abscons que peu de Français le connaissent. Il est urgent que les sénateurs soient élus à un suffrage à la fois direct et proportionnel, permettant à chaque composante politique d’y être représentée sans devenir source d’instabilité puisque l’Assemblée Nationale conservera en dernier ressort le pas sur le Sénat.

Si les années à venir doivent être celles d’un renouveau, les mois prochains doivent être ceux d’une reconstruction commençant par l’élection de Monsieur Macron et se poursuivant par la constitution d’une majorité à l’Assemblée Nationale et par la mutation du Sénat en écho de toutes les sensibilités du pays même les plus déraisonnables.

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13 avril 2017

D’une Ruse de l’Histoire

Madame Garaud disait que seul le pouvoir pouvait changer un homme. A première vue, Monsieur Trump est l’illustration de cet aphorisme. Elu pour supprimer l’Obamacare, réduire l’Otan, en découdre avec la Chine et s’accointer avec Monsieur Poutine, il s’accommode du premier, maintient le deuxième, cause avec le troisième et vient indirectement d’envoyer cinquante neuf missiles sur la tête du dernier.

 Les esprits forts disserteront des motifs de Monsieur Trump, croyant lire dans ses pensées et confrontant ses recommandations d’hier à ses décisions d’aujourd’hui. L’exercice sera inutile et incertain en ce que les motivations importent peu en comparaison des conséquences et qu’il est toujours périlleux de vouloir sonder les cœurs et les reins.

 La première circonstance d’intérêt dans l’initiative de Monsieur Trump est que celui-ci vient de rebattre les cartes au profit des Etats-Unis et par effet domino, du monde occidental. Monsieur Poutine et Monsieur Xi Jinping relèvent du joueur d’échecs, excellent, mais seulement quand il joue aux échecs : un jeu où chacun développe une stratégie dans un cadre défini, en se conformant à un certain nombre de règles donnant à la partie une forme de prévisibilité. Ce que Monsieur Trump vient de signifier, est que lui joue à un jeu aléatoire, se réservant d’agir comme il l’entend avec l’avantage de disposer de capacités plus grandes que celles de la Russie et encore supérieures à celles de la Chine. Désormais donc Monsieur Poutine et Monsieur Xi Jinping traitent avec quelqu’un dont ils n’anticiperont pas les réactions et qui peut leur faire grand mal. Rien de tel qu’un tacticien bardé de quelques idées simples pour empêcher le déroulement d’une stratégie.

 En Europe, les cinquante neuf missiles vont créer une marge de sécurité : Monsieur Poutine réfléchira à deux fois avant de s’avancer dans les Etats Baltes que pourtant il observe avec gourmandise et il sera sans doute plus prudent en Ukraine.

 En Asie, les cinquante neuf missiles signifient que les Etats-Unis ne se contenteront peut-être plus longtemps de demander à la Chine de raisonner son allié nord-coréen.

 Au Moyen Orient, les cinquante neuf missiles indiquent que la Russie n’est pas en terrain conquis et que même son bail syrien ne lui est pas définitivement acquis. L’inconvénient dans cet Orient compliqué, est que la ligne de fracture entre l’espace chiite iranien et syrien soutenu par la Russie et l’espace sunnite soutenu par l’Occident, se trouvera renforcée alors qu’en termes rationnels et même de valeur, on voit mal la supériorité sur l’Iran de l’Arabie Saoudite qui bombarde le Yémen sans pitié ni remords.

 En termes de droits de l’Homme et de simple humanité, les cinquante neuf missiles marquent un interdit de l’usage des armes chimiques : c’est plutôt une bonne chose même si de simples bombes sont également capables de grandes destructions dans l’indifférence générale.

Un parallèle peut être tiré entre Reagan à qui on faisait aussi un procès en insuffisance intellectuelle et Monsieur Trump ainsi qu’entre l’Union Soviétique et la Russie Poutinienne. Monsieur Trump ne deviendra sans doute pas une divine surprise mais pourrait se révéler une Ruse de l’Histoire.

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